Patchwork, c’est d’abord un projet familial. Georgina Siklossy, sa sœur, Stéphanie, et son beau-frère, Martin Duchateau, ont imaginé un modèle où l’hôtel incarne également directement un lieu de formation, d’inclusion et de mise à l’emploi. Patchwork ouvrira ses portes à Schaerbeek en 2027.
Les trois cofondateurs viennent d’univers différents mais complémentaires. Georgina Siklossy a travaillé dans le secteur associatif, notamment au sein du Réseau européen contre le racisme, Stéphanie était dans l’humanitaire, au Comité international de la Croix-Rouge, tandis que Martin maîtrise le monde de l’hôtellerie. De ces expériences est née l’idée de créer un hôtel-école destiné à des primo-arrivant.e.s et éloigné.e.s du marché de l’emploi. L’idée étant pour Patchwork de créer une passerelle entre l’Horeca qui connaît une pénurie chronique de personnel et les personnes qui arrivent en Belgique et rencontrent de multiples obstacles pour accéder à l’emploi.
Apprendre le métier en le pratiquant
Ici, pas question de reproduire un modèle de formation essentiellement scolaire. « Patchwork mise sur l’immersion et l’apprentissage par la pratique. La formation durera six mois. Une journée par semaine sera consacrée à la théorie ; le reste du temps, les stagiaires travailleront en binôme avec les membres permanents de l’équipe. L’idée est simple : apprendre en faisant, au contact quotidien des réalités de l’hôtel et de ses clients, explique Georgina Siklossy.
Les candidats devront avoir au minimum 18 ans et disposer d’une connaissance orale de base du français ou de l’anglais. Le programme s’adressera aux personnes réfugiées ou arrivées en Belgique dans le cadre du regroupement familial, originaires de pays hors Union européenne. Les stagiaires seront rémunérés dans le cadre du dispositif FPIE durant la première moitié de la formation, suivi de trois mois sous contrat d’employé. La première année permettra de tester et d’affiner le dispositif avant d’atteindre, à terme, un rythme de 16 stagiaires formés par an.
Réception et service : miser sur la polyvalence
« Patchwork a choisi de concentrer la formation sur deux domaines, la réception et le service. Un choix qui répond à l’évolution des besoins du secteur hôtelier, où la polyvalence est de plus en plus recherchée », commente Georgina.
Le housekeeping et le nettoyage ne feront pas directement partie du cursus. Des partenariats pourraient en revanche être développés à plus long-terme avec des organismes déjà spécialisés dans ces formations. Ce choix répond également à une volonté sociale. Les fondateurs constatent que les publics visés par le projet sont encore souvent orientés vers des fonctions de nettoyage, peu visibles et valorisés. Patchwork veut au contraire les placer dans des métiers de contact, où ils accueillent les clients et deviennent pleinement visibles dans la relation hôtelière.
À l’issue du parcours, les participants recevront un diplôme non certifiant détaillant précisément les compétences acquises. Des évaluations internes seront organisées à mi-parcours et à la fin de la formation, en plus de la mise en place d’un outil de suivi d’évaluation continue.
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Former aussi ceux qui forment
L’un des défis du projet réside dans le rôle confié aux salariés permanents de l’hôtel. Ils devront évidemment maîtriser leur métier, mais aussi avoir l’envie et la capacité de transmettre leur savoir. Cette double casquette suppose un accompagnement spécifique. Les membres de l’équipe bénéficieront donc d’une formation au tutorat avec Horeca Forma Be Pro. Un.e coordinateur.trice pédagogiques devrait également assurer le lien entre les stagiaires et le personnel encadrant. Au début du parcours, l’encadrement sera naturellement plus important. L’objectif est ensuite de permettre aux stagiaires de gagner progressivement en autonomie. Au-delà des compétences techniques, Patchwork veut cultiver une véritable dynamique d’équipe, avec des moments de partage d’expérience entre stagiaires, formateurs et personnel permanent.
Un vrai hôtel, avec de véritables clients
Patchwork ne sera pas un centre de formation qui ressemble à un hôtel… Ce sera un vrai hôtel en activité, accueillant une clientèle et soumis aux réalités économiques du secteur. Le positionnement prévu est celui d’un établissement trois étoiles. Le modèle économique doit notamment permettre de couvrir la rémunération des stagiaires ainsi que celle des professionnels chargés de les encadrer. Avec un équilibre prévu d’ici deux à trois ans, les fondateurs sont encore à la recherche de financements pour aider au lancement du projet social. « Certains clients choisiront probablement Patchwork précisément pour sa dimension sociale. D’autres réserveront simplement une chambre sans connaître le projet au préalable. L’hôtel entend donc communiquer clairement sur sa mission sociale, et ainsi sensibiliser la clientèle au vivre-ensemble ».
Un ancrage local
Patchwork proposera aussi un espace café accessible tant aux clients qu’aux habitants et visiteurs extérieurs ainsi qu’une salle destinée à accueillir des événements. Le lieu doit aussi devenir un espace de rencontre entre les cultures. Parmi les pistes imaginées : permettre aux stagiaires de présenter à tour de rôle une boisson ou un café emblématique de leur pays d’origine. Une manière de transformer la diversité culturelle en expérience de partage plutôt que de la cantonner à l’arrière-plan.
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Faire de la formation un tremplin vers l'emploi
L’ambition de Patchwork ne s’arrête pas aux portes de l’hôtel. À l’approche de la fin de leur formation, les stagiaires seront accompagnés vers l’emploi, notamment grâce à des partenariats avec les acteurs du secteur. Horeca Forma Be Pro, qui organise notamment des rencontres et des speed datings professionnels, figure parmi les partenaires. La Brussels Hotels Association (BHA) s’est également montrée intéressée par cette approche fondée sur l’immersion dans le métier, et accompagne le développement du projet. Patchwork veut surtout rester connecté aux besoins réels des employeurs afin de pouvoir faire évoluer sa formation en fonction des attentes du secteur. Car derrière le projet social se profile la conviction que l’intégration passe par le travail, mais également par la rencontre. Pour Georgina Siklossy et ses associés, le secteur de l’hospitalité a donc un rôle particulier à jouer dans l’insertion professionnelle et la rencontre entre des personnes venues d’horizons différents. L’ambition va même plus loin, celle de partager leur expérience afin d’inspirer d’autres initiatives similaires.






