Certains parcours ne suivent aucune ligne droite, mais dessinent une constellation. Celui de l’une des fondatrices de Maison Poesy, Joy Scaianski, appartient à ceux-là, un mix de de rencontres, de voyages, de curiosité doublé d’un goût viscéral pour le beau.
Paris, d’abord

Elle y arrive dès sa plus tendre enfance. Mère antillaise, père suisse-polonais, elle y vit et se lance dans un cursus en histoire de l’art. Pour financer ses études, elle entre dans l’hôtellerie sans projet de carrière précis. Et c’est là, presque par hasard, que tout commence. À l’époque, l’Hôtel Costes est the place to be, un théâtre vivant, vibrant, où se croisent créateurs, artistes, mannequins, Fashion Week et nuits interminables. Elle y découvre le service de luxe comme un art de vivre avec pour corollaires l’écoute, le geste juste, l’élégance invisible.
« J’étais diplômée en histoire de l’art et je visais l’école Boulle pour la joaillerie. J’ai toujours été attirée par le beau, le visuel, les matières. Mais je suis tombée amoureuse de ce milieu, des échanges avec les gens et, par hasard, du vin, grâce à des clients qui m’invitaient à des dégustations. J’ai donc décidé de tout arrêter pour me lancer », explique Joy.
Apprendre la rigueur, sans perdre la liberté
Bruxelles, comme terrain d’expression
À 23 ans, elle rêve d’Asie, de Singapour, de grands départs. Mais c’est à Bruxelles que Joy et Jordan Heurteux vont s’installer, pour donner suite à une proposition du groupe de Serge Litvine et Yves Mattagne. « Il y avait cette aura autour de la Villa Lorraine. Le groupe était en pleine expansion, il rachetait des établissements (Lola, Odette en Ville…) et avait besoin de quelqu’un pour structurer la sommellerie. » Jordan devient Chef consultant d’Yves Mattagne avec lequel il a collaboré aux ouvertures de plusieurs lieux comme le restaurant Lily’s, Poncho, à Waterloo, Le Panorama à Namur, l’Atypiq rue des Tongres, Rocca et Naanry en collaboration avec Seb Mattagne, etc. De son côté, Joy se déploie sur son nouveau terrain de jeu : « Pour moi, c’était une opportunité en or de reprendre la main sur ces projets, de créer des cartes, des identités. J’ai pu former les équipes, non pas avec des cours théoriques ennuyeux, mais avec des méthodes ludiques, basées, par exemple, sur les couleurs : un vin rouge clair (Pinot Noir, Gamay) pour s’accorder avec des produits rouge clair (thon, carpaccio), vins foncés avec le gibier. C’est simple, mais le personnel retient et gagne en efficacité. »
Le conseil comme prolongement naturel
Maison Poesy, manifeste vivant
Un regard lucide sur l’Horeca bruxellois
Parisienne d’origine, elle observe Bruxelles avec lucidité. La difficulté majeure : le personnel. Ici, entre flexi-jobs et étudiants, l’engagement à long terme est plus rare. Les écoles hôtelières se font moins nombreuses. La réponse ? Choyer les équipes, former avec bienveillance. « L’époque où l’on traitait les gens sans ménagement avec ce côté militaire en cuisine, c’est fini. Il faut de la rigueur, certes – on est garants de la santé des clients, des allergies, de l’hygiène – mais on peut l’obtenir avec pédagogie. Une fois que l’équipe est formée et en confiance, on peut se permettre une ambiance détendue », explique Joy.






