À l’occasion de la nouvelle édition de Be Cheffe, nous avons rencontré plusieurs personnalités qui composeront le jury. Des parcours multiples et différentes manières d’habiter la cuisine aujourd’hui. Parmi celles-ci, Line Couvreur, cheffe devenue consultante, défend une approche sensible, engagée et profondément humaine du métier.
Sa participation au jury de Be Cheffe l’a d’emblée séduite, confie-t-elle. Une manière d’habiter pleinement son métier, que ce soit pour écrire un livre (NDLR Son dernier ouvrage ‘Sec et gourmand’ vient de sortir en librairie), transmettre un savoir ou rencontrer d’autres professionnels comme avec Be Cheffe.
Pour elle, la cuisine n’est jamais solitaire. « Ce qui me passionne, c’est cette convivialité, cette créativité collective… et le plaisir simple de déguster ensemble. »
Mais plus encore, cuisiner relève d’un acte intime. « Quand on cuisine, on donne de soi. On le fait pour faire plaisir à l’autre. Et cela se ressent immédiatement. » Une évidence qu’elle retrouve autant dans les dîners entre amis que dans un concours comme Be Cheffe.

Qui est derrière l’assiette ?
« Pour évaluer les Cheffes, on va se baser sur certains critères mais il ne s’agit pas de se limiter à analyser une technique ou une exécution. Si la maîtrise est essentielle, elle n’est qu’un point de départ », ajoute Line. Ce qui l’intéresse, c’est ce qui affleure derrière le plat et ce que l’on devine de la personnalité de la cheffe, son intention, sa générosité. Ayant déjà participé au jury il y a deux ans, elle sait combien cette expérience dépasse le cadre d’un concours. « C’est un espace de rencontres, de transmission, presque une famille éphémère où naît une bienveillance particulière. Quand il y a beaucoup de femmes dans une équipe, il y a une sensibilité différente. Une forme d’écoute, d’entraide. »
Une nouvelle ère pour les femmes en cuisine
« Il est amusant de constater que ce sont en majorité les femmes qui cuisinent à la maison et que les Chefs rappellent souvent que ce sont leurs mères qui leur ont donné le goût de cuisiner alors qu’elles-mêmes sont si peu nombreuses à accéder au poste de Cheffe » explique Line. Longtemps, la cuisine professionnelle s’est construite sur des modèles rigides, presque militaires. Une culture de la performance, parfois brutale. Mais le monde change.
« On sort peu à peu d’une vision archaïque du métier. Il y a aujourd’hui une recherche d’équilibre, une envie d’être à sa place, dans sa vie comme dans sa cuisine. Et cette évolution passe notamment par les femmes. Habituées à jongler avec plusieurs vies, elles insufflent une nouvelle dynamique et plus de bienveillance, plus d’émotion. Et cela se ressent jusque dans l’assiette. »
Les obstacles n’ont pas disparu, comme les horaires contraignants, la violence globale… Mais une bascule s’opère. « La nouvelle génération n’est plus prête à tout sacrifier. Même ambitieuse, elle veut vivre sa vie et trouver un équilibre. Moins d’excès, plus de justesse, plus de sens. »
Dans son travail de consultante en alimentation durable, Line Couvreur défend une approche presque évidente. En parallèle, elle vient de publier un livre « Sec et gourmand » aux Éditions Racine. « On a perdu le lien avec des savoirs ancestraux. Aujourd’hui, on glorifie le “frais” venu de l’autre bout du monde, alors que depuis toujours, on sait conserver, sécher, transformer. » Elle cite les tomates séchées de Crète, les champignons, les baies… Autant d’ingrédients qui concentrent les saveurs, révèlent d’autres textures, ouvrent de nouveaux champs créatifs. Une cuisine à la fois moderne, écologique et profondément gourmande pour réconcilier rapidité, praticité et intensité du goût.
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Se réinventer
Le parcours de Line Couvreur est jalonné d’étapes décisives. La maternité, d’abord. Un moment charnière qui l’amène à repenser entièrement son métier, à vendre son restaurant, à inventer une nouvelle manière de travailler. Puis un second tournant. Elle quitte un projet qui lui tenait à cœur pour revenir à l’essentiel, la transmission. Aujourd’hui, elle accompagne restaurateurs et entrepreneurs, crée des recettes, donne des cours, forme les professionnels de demain. « J’avance par envie, par plaisir, par opportunité. Ce n’est jamais la reconnaissance qui me guide, mais le sens du projet. »
Les femmes qui persistent. Celles qui choisissent ce métier malgré les contraintes, qui s’accrochent, inventent leur place dans un environnement exigeant. Elle cite notamment Manon Fleury, dont le parcours illustre cette détermination tranquille.
Ce qu’elle attend de Be Cheffe ?
À travers son regard de jurée, Line Couvreur a envie de capter une énergie, une intention, une manière d’être. La cuisine qu’elle défend dépasse largement la technique, elle crée du lien et s’efforce d’être alignée aux valeurs qu’elle défend.



Lancé par Horeca Brussels, le concours Be Cheffe vise à soutenir et à mettre en lumière les femmes dans les métiers de la gastronomie. Chaque année, des cuisinières venues de toute la Belgique participent à un parcours mêlant mentorat, rencontres professionnelles et épreuves culinaires. Plus qu’un concours, l’initiative est devenue un véritable réseau d’entraide et de transmission destiné à encourager une nouvelle génération de cheffes à prendre leur place dans un secteur encore largement masculin.






