À peine trente ans et déjà trois lieux – le troisième ouvre le 1er mai – une identité forte et une vision pointue de l’Horeca contemporain. Avec Seven et Eight, Sasha et Kenya incarnent une nouvelle génération d’entrepreneuses bruxelloises. Instinctives et connectées à leur époque, ce duo de talents privilégie le feeling et préfère l’expérience client à la croissance à tout prix.
Par Françoise Bouzin
Elles se connaissent depuis l’enfance, sans être inséparables. L’une est partie à Londres étudier le fashion business, l’autre s’est formée à l’hôtellerie à Lausanne. Leurs trajectoires se croisent à nouveau dans la capitale britannique, chacune immergée dans des univers différents alliant communication, événementiel, retail. Elles ont un point commun, toutes les deux travaillent dans l’entreprise paternelle. De quoi acquérir une expérience fondatrice, mais aussi l’envie d’entreprendre en solo et pourquoi pas en duo pour créer un lieu qui leur ressemble vraiment.
Imaginer un lieu plutôt qu’un concept
Seven naît presque naturellement. Une opportunité, un espace à louer rue Edith Cavell et, pour Sasha et Kenya, un potentiel évident. Mais surtout la conviction qu’il n’existe pas à Bruxelles de lieux où l’on peut boire un café, déjeuner et rester car on s’y sent bien. En bref, un condensé de bien-être. Pour réussir ce défi, elles investissent dans un mobilier confortable et des matériaux nobles. « Nous voulions un endroit où les gens aient envie de rester… et de revenir. » Résultat : un lieu qui détonne par rapport à l’offre existante, où le design dialogue avec l’assiette, où l’expérience devient centrale.
Le succès est rapide. L’engouement immédiat. Elles y sont 24h/24 pour assurer le décollage de cette petite entreprise qui rencontre très vite son public et ses afficionados. Mais contrairement à d’autres, elles prennent le temps de stabiliser ce premier coup d’essai qui est un coup de maître. Elles ne rêvent pas de dupliquer le modèle. “En restant petit, on garde la qualité et le souci du détail.” Un choix stratégique autant qu’idéologique. Car pour elles, l’Horeca n’est pas une course à l’expansion, mais un exercice d’équilibre entre l’exigence du produit, l’expérience client et la cohérence de la marque.
Eight : le contre-pied du premier projet
L’instinct comme gouvernail
Chez Sasha et Kenya, le business plan existe. « Il est là pour les banques et nous permettre d’aligner nos réflexions » sourient-elles. Mais leur vrai moteur, c’est l’instinct. Un espace repéré, un feeling, une projection et elles foncent. Ce qui pourrait sembler risqué devient leur force. Car dans un secteur où les tendances s’épuisent vite, elles revendiquent une agilité permanente. « Il faut sans cesse anticiper, s’adapter et rester en mouvement. » Leur duo fonctionne comme un équilibre précis. Sasha gère l’opérationnel et le côté administratif, Kenya, l’image, la direction artistique et la communication (la cuisine étant gérée par Olivia Behaegel). « On est hyper complémentaires. » Dans leurs lieux, cela se ressent immédiatement : une esthétique forte, mais jamais gratuite et une cuisine lisible, mais jamais simpliste.
Le vrai défi, l’humain
« Il ne suffit pas d’ouvrir un lieu, il faut le faire vivre ». Pendant les six premiers mois de Seven, elles sont partout, en cuisine, en salle, au contact direct des clients. Elles deviennent des visages familiers, créent du lien et installent une culture. « Puis il a fallu déléguer, trouver l’équilibre entre contrôle et confiance. » Aujourd’hui, leurs équipes comptent plusieurs équivalents temps plein et leur vision managériale est claire, exigeante mais bienveillante. Avec, toujours, cette envie de progresser en jonglant entre l’exigence et la reconnaissance des qualités de leur équipe. Leur réussite raconte quelque chose de plus sur cette nouvelle génération d’entrepreneuses qui privilégie l’expérience au volume, valorise le design autant que le produit, travaille l’image sans perdre le fond et assume une gestion plus humaine.
Chaque projet est une nouvelle page. Elles ne se contentent pas de suivre les tendances, elles les ressentent.
Rentabilité, réalité et passion
Derrière le succès se profile une réalité plus rude : des charges élevées, une pression constante et une clientèle exigeante. « Les gens ne se rendent pas compte. L’Horeca ne rapporte pas forcément beaucoup d’argent. » Et pourtant, le plaisir reste intact, presque addictif. « On a toujours envie de créer. On ne se voit plus de l’autre côté. » Leur notoriété a dépassé le quartier avec des collaborations internationales, jusqu’à cette scène presque irréelle lorsqu’elles sont reconnues dans un café à Copenhague. La preuve qu’un lieu authentique peut rayonner bien au-delà de son territoire.
Seven
En semaine : de 8h à 17h
Week-end : de 9h à 17h
10 rue Edith Cavell, 1180 Uccle
70 avenue d’Auderghem, 1040 Etterbeek
Eight
Du mardi au vendredi ; de 7h30 à 15h30
Le samedi : de 9h à 17h
47 rue du Pépin, 1000 Bruxelles
