Traquer la moindre économie reste le nerf de la guerre pour les restaurateurs bruxellois… Alors quand un opportunité se présente, on l’analyse sous toutes ses coutures. C’est le cas pour les communautés d’énergie. Un système de redistribution qui permet de réduire sensiblement la facture d’électricité, particulièrement pour les établissements qui consomment en journée. Explications de Grégory Van Eerdenbrugghe, fondateur de l’ASBL Illuminons notre quartier.
Le principe est simple. À Bruxelles, les propriétaires de panneaux photovoltaïques ne consomment, en moyenne, que 30% de l’électricité qu’ils produisent. Les 70% restants sont réinjectés sur le réseau et rachetés par les fournisseurs traditionnels. « Nous sommes une communauté d’énergie qui proposons de racheter le surplus produit par ses membres et de le revendre à d’autres qui en ont besoin au même moment. En quelque sorte, un grand pot commun d’électricité produite localement. Et parmi les consommateurs susceptibles d’en profiter, il y a les différents secteurs de l’Horeca », explique Grégory Van Eerdenbrugghe, fondateur de l’ASBL Illuminons notre quartier.
Pourquoi l’Horeca ?
Restaurants, cafés, snacks et hôtels ont cette caractéristique commune de consommer de l’électricité pendant la journée, précisément lorsque les panneaux photovoltaïques produisent. Cuisine, fours, lave-vaisselle, machines à café, ventilation, climatisation, chambres froides, réfrigérateurs… les besoins sont importants et parfois continus.
« Plus un établissement consomme durant les heures de production solaire, plus le système devient intéressant. Selon notre expérience, un restaurant principalement actif en journée peut réaliser environ 20 % d’économie sur sa facture d’électricité. Pour un établissement ouvert midi et soir, l’économie se situe plutôt entre 10 et 15 %. Un restaurant exclusivement ouvert le soir aura logiquement un intérêt moindre mais il y a les frigos et les chambres froides qui fonctionnent en continu. Pour un snack ou un établissement dont l’essentiel de l’activité se déroule en journée, le profil est particulièrement favorable, » explique Grégory Van Eerdenbrugghe.
Deux fournisseurs, mais une seule consommation

En pratique, le restaurateur conserve son contrat classique – chez Engie ou un autre fournisseur – et signe parallèlement un contrat avec la communauté. L’électricité disponible au sein de celle-ci est utilisée prioritairement. Le fournisseur traditionnel complète ensuite ce que la communauté ne peut pas fournir. « Prenons un exemple : si un établissement consomme 10.000 kWh sur une période donnée et que la communauté peut lui en fournir 4.000, ces 4.000 kWh seront facturés par la communauté tandis que les 6.000 kWh restants continueront à être fournis et facturés par son fournisseur habituel. L’intérêt se situe évidemment dans la différence de prix. Le tarif pour l’électricité fourni par la communauté est facturé 0,25 euro/kWh hors TVA, tout compris, contre, celle du fournisseur classique (environ 0,32 à 0,40 euro/kWh) ».
Concernant la fluctuation des prix en fonction des crises énergétique, Grégory Van Eerdenbrugghe explique que « le tarif de la communauté n’est pas totalement immuable, mais l’objectif est de le maintenir aussi stable que possible. Il n’a d’ailleurs pas bougé depuis plus d’un an ». Cette différence est rendue possible par la structure qui fonctionne sous forme d’ASBL et cherche à travailler avec des marges réduites, en proposant un prix qui reste intéressant à la fois pour celui qui injecte son surplus d’électricité et pour celui qui l’achète.
Lire aussi > Digitaliser l’Horeca pour simplifier la gestion quotidienne
20 euros par an
L’adhésion à un partage d’énergie revient à 20 euros par an. Le contrat peut être résilié sans frais, avec un préavis de 24 heures. La principale condition technique est de disposer d’un compteur intelligent permettant de mesurer précisément la quantité d’électricité provenant de la communauté et celle fournie par l’opérateur traditionnel. À Bruxelles, le remplacement par un compteur intelligent peut être demandé gratuitement à Sibelga. Et il n’est pas nécessaire de posséder soi-même des panneaux photovoltaïques pour participer à une communauté d’énergie. Au contraire : le système a précisément besoin de producteurs et de consommateurs. Locataires comme propriétaires peuvent donc participer, pour autant que le contrat d’électricité soit établi au nom de la personne ou de l’entreprise qui rejoint le partage.
Le petit piège des deux factures
Il existe toutefois une particularité qu’il vaut mieux connaître avant de se lancer, le restaurateur reçoit désormais deux factures d’électricité. L’une de son fournisseur traditionnel et l’autre de la communauté d’énergie. Au départ, le fournisseur classique peut continuer à réclamer les mêmes acomptes qu’auparavant. La différence sera récupérée lors de la régularisation annuelle puisque sa consommation auprès de ce fournisseur aura effectivement diminué.
Pour éviter cette avance de trésorerie, il est possible, après quelques mois et lorsque la part d’électricité fournie par la communauté devient plus prévisible, de demander une diminution des acomptes auprès du fournisseur classique. L’application de Sibelga permet notamment de visualiser la partie provenant du partage d’énergie et celle provenant du fournisseur traditionnel. Et côté paperasse ? La communauté reconnaît que douze factures supplémentaires (via Peppol) par an peuvent rebuter certains professionnels. Le paiement peut toutefois désormais être effectué par domiciliation, ce qui simplifie la gestion administrative.
Déjà plus de 1.500 compteurs bruxellois
Le système existe depuis environ trois ans et demi et rassemble aujourd’hui plus de 1.500 compteurs à Bruxelles, correspondant à quelque 1.400 membres. À l’origine principalement constitué de particuliers, le réseau attire progressivement davantage de commerçants et d’entreprises.
Le potentiel semble pourtant encore largement sous-exploité par l’Horeca. Le premier frein serait tout simplement la méconnaissance du système, auquel s’ajoute la nécessité de disposer d’un compteur intelligent. Pour la communauté, l’enjeu consiste également à maintenir l’équilibre entre ceux qui produisent de l’électricité et ceux qui la consomment. Actuellement, elle recherche surtout de nouveaux consommateurs sans panneaux photovoltaïques capables d’absorber l’électricité produite en journée. « L’économie réalisée, on l’a compris, dépend du profil de consommation, des horaires d’ouverture, de la quantité d’électricité disponible au sein de la communauté et du contrat souscrit auprès du fournisseur traditionnel.
Mais pour un secteur confronté à des coûts énergétiques importants, la piste mérite d’être étudiée. Une économie de 10, 15 ou 20 % sur une partie significative de la facture annuelle peut rapidement représenter plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros ».
Plus d’infos sur Illuminons notre quartier
