Be Cheffe – Paroles de jurées : Saskia Neirinckx, l’audace

Dans un secteur où la passion ne suffit plus, Saskia Neirinckx défend une approche à 360° du métier. Chez elle, la créativité se conjugue à la gestion, le talent à la vision, et le leadership à une conscience des enjeux de son époque. « Mon challenge est de  transformer la réputation des chef·fe·s avec lesquels je travaille et d’être capable de comprendre leurs besoins, même lorsqu’ils ne les expriment pas clairement ».

Son engagement au sein du jury Be Cheffe s’inscrit dans cette volonté de faire émerger les talents et de contribuer à l’équilibre hommes-femmes dans le secteur. « Je souhaite apporter tout mon soutien aux femmes dans la gastronomie. Tout ce qui peut aider à rééquilibrer les choses est positif », explique-t-elle. Mais au-delà du constat, elle pointe une réalité contrastée :  « Les femmes ne semblent pas toujours vouloir occuper le devant de la scène, même si elles le méritent. »

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Saskia Neirinckx © Mat Hector

Redéfinir la figure de la cheffe

Pour Saskia, être chef·fe aujourd’hui ne consiste pas seulement à maîtriser des techniques, « il faut avoir une vision, savoir fédérer, être capable de coacher une équipe et comprendre les règles du jeu économique. Un chef ou une cheffe qui possède son propre restaurant doit être ou avoir les compétences d’un·e excellent·e femme ou homme d’affaires pour réussir. » Face aux candidates de Be Cheffe, elle recherche avant tout à ce qu’elles la surprennent avec les saveurs, les textures, la présentation et l’originalité de leur plat. Mais derrière ces critères techniques se dessine une attente plus personnelle, la capacité à proposer quelque chose de singulier.

Des femmes encore trop discrètes

Si les lignes bougent, Saskia évoque le paradoxe entre la présence essentielle des femmes et leur invisibilité. « Je pense qu’il existe aujourd’hui de nombreux exemples de femmes qui montrent à quel point elles sont des forces de la nature. Mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Il y a énormément de femmes intéressantes dans des secteurs autres que la cuisine. Comme, par exemple, Inge Waeles (qui dirige la salle et gère l’expérience client et co-propriétaire du restaurant Boury ou Pavan Bajwa (créatrice entre autres du concept Mission Massala) qui démontrent une vision et une détermination, en orientant les dynamiques du secteur. Elles restent souvent en retrait, mais on commence à mesurer à quel point tout repose sur elles ».

Copyright Liesje Reyskens
Saskia Neirinckx © Mat Hector

La recherche de l’équilibre 

Son constat est mitigé. « Aux niveaux les plus élevés, la restauration reste un univers fermé et très masculin. Mais j’invite aussi les femmes à trouver la confiance nécessaire pour occuper le devant de la scène. Elles ont naturellement tendance à reconnaître les obstacles et à se soutenir mutuellement, mais j’ai le sentiment qu’il manque parfois l’initiative pour passer à l’action et faire bouger les lignes ».

Trouver son ikigai

Face à la nouvelle génération, son regard est double. D’un côté, une admiration sincère pour leur liberté, leur audace et l’enthousiasme, affranchis des anciennes normes. Et, de l’autre, une réserve quant à la quête effrénée de visibilité sur les réseaux sociaux. « Dans mon domaine, les réseaux sociaux sont très importants et l’objectif est souvent de devenir viral. Mais devenir viral sans réelle intention ne permet pas forcément de te soutenir ni de construire correctement ta marque (personnelle). Cela a davantage à voir avec une croissance réfléchie et une image construite de manière cohérente, » ajoute-t-elle. Sur la question de l’engagement, elle refuse les injonctions. « Chacun doit faire comme il l’entend, mais j’ai un respect particulier pour ceux qui prennent position ».

« Si je devais donner un seul conseil aux candidates Be Cheffe, ce serait de trouver leur ikigai, ce point d’équilibre rare entre talent, plaisir, utilité et viabilité économique. Continuez à développer vos compétences, voyagez, observez … »

Be Cheffe, révéler les talents féminins

Lancé par Horeca Brussels, le concours Be Cheffe vise à soutenir et à mettre en lumière les femmes dans les métiers de la gastronomie. Chaque année, des cuisinières venues de toute la Belgique participent à un parcours mêlant mentorat, rencontres professionnelles et épreuves culinaires. Plus qu’un concours, l’initiative est devenue un véritable réseau d’entraide et de transmission destiné à encourager une nouvelle génération de cheffes à prendre leur place dans un secteur encore largement masculin. 

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